Un « gant à rêves » capable de booster la créativité en dormant

On le sait : sommeil et créativité sont intimement liés. Ce que l’on peine encore à comprendre, c’est comment. Et si la clé, c’étaient les rêves ? C’est en partant de cette hypothèse que les chercheurs du Massachusetts Institue of Technology (MIT) se sont lancé dans une expérience inédite : tenter de guider les rêves des gens pendant leur sommeil à l’aide d’un gang électronique.

Les rêves, sujets de tous les fantasmes ?

Les rêves sont entourés de mystères, et ils fascinent depuis la nuit des temps. Suivant les époques et les cultures, on les considère comme une expression de l’intuition, comme un mode de communication avec les morts, voire comme une porte ouverte sur une autre dimension. Comme le rappelle la revue Science, les rêves sont intimement liés à la créativité également : c’est en faisant un rêve terrifiant – un cadavre qui prenait vie – que Mary Shelley imagina Frankenstein. Selon la légende, c’est aussi une mélodie issue d’un rêve qui permit à Paul McCartney de composer Yesterday, l’une des plus fameuses chansons des Beatles.

Pour la science, une question de pose : est-ce le sommeil lui-même qui stimule la créativité, ou est-ce que ce sont les rêves ? C’est pour tenter d’y répondre que le MIT a invité 50 volontaires à rester éveillés ou à faire une sieste dans un de ses laboratoires.

Rêves, sommeil et créativité : la méthodologie du MIT

Pour mener à bien son expérience, l’équipe du MIT a divisé les participants en plusieurs groupes. Le groupe faisant une sieste s’est allongé avec un masque sur les yeux et, surtout, le Dormio – un appareil similaire à un gant doté de capteurs qui mesurent la fréquence cardiaque et les modifications du niveau de tonus musculaire afin de suivre les différents stades du sommeil. Le Dormio était relié à un ordinateur transmettant des signaux audio, dans le but d’inspirer les dormeurs à rêver de sujets spécifiques – un processus nommé l’incubation de rêves (ou incubation de rêves ciblée).

Le Dormio, appareil mis au point par le MIT pour influencer les rêves.
Le Dormio – le « gant à rêves » du MIT – Credit: Oscar Rosello

Une fois endormis, les participants se sont vu invités à « penser aux arbres ». Ils ont ensuite été réveillés, et on leur a demandé de dire ce qu’ils avaient en tête. Le processus a été répété plusieurs fois, et tous les volontaires utilisant Dormio ont déclaré avoir rêvé d’arbres.

L’expérience comportait d’autres groupes de contrôle : l’un composé de participants qui dormaient sans stimulation particulière, l’autre composé de participants qui ne dormaient pas à qui on a demandé de penser à un arbre, et un autre enfin composé de participants qui ne dormaient pas et qui devaient simplement obeserver leurs pensées.

Après ces séances, les volontaires ont passé des tests de créativité. Il s’agissait d’énumérer les utilisations alternatives d’un arbre – les réponses données allant de « fabriquer un instrument de musique » à « fabriquer un cure-dent pour un géant ». Ils devaient aussi dresser une liste d’actions associées à un arbre et de composer une histoire sur les arbres.

Des évaluateurs indépendants ont classé les histoires sur une échelle de créativité en tenant compte de l’originalité, de l’humour et des émotions transmises par le récit. Les chercheurs ont eu recours à un programme informatique pour mesurer la distance sémantique dans les réponses des volontaires aux tests – par exemple à quel point les mots utilisés sont liés au mot « arbre ». Car plus une personne est créative, moins ses réponses sont liées : « feuille » est par exemple plus proche d’« arbre » que « cure-dents ».

Le rêve favorise la créativité

Co-autrice de l’étude publiée dans le Scientific Reports (‘Targeted dream incubation at sleep onset increases post-sleep creative performance’ – 15 mai 2023), Kathleen Esfahany explique : « Plus les personnes ont fait de rêves liés aux arbres, plus elles étaient créatives ».

Globalement, les volontaires à qui on a demandé de rêver d’arbre ont obtenu des scores de créativité 78% plus élevés que les participants éveillés qui se sont contentés d’observer leurs pensées, et 63% plus élevés que ceux restés éveillés en pensant aux arbres. Les participants ayant fait la sieste sans incubation de rêves ciblée se sont montrés plus créatifs que ceux qui sont réveillés, mais les dormeurs guidés par le Dormio ont eu un score 48% plus élevé qu’eux malgré tout.

Les chercheurs ont relevé que les volontaires utilisaient leurs rêves pour répondre aux tests de créativité. Par exemple, une personne ayant rêvé qu’elle devenait plus grande que les arbres a évoqué un « cure-dent pour un géant » comme utilisation alternative d’un arbre.

S’endormir et s’éveiller pour booster la créativité : une technique pas tout à fait inconnue

La technique consistant à s’endormir et s’éveiller presque aussitôt pour booster la créativité n’est pas à proprement parler une nouveauté. Salvator Dali, notamment, utilisait cette méthode. Pour ses micro-siestes, il s’emparait d’une clé et s’installait sur une chaise. Lorsqu’il s’endormait, il lâchait la clé, et elle le réveillait en tombant au sol.

Le Dormio offre toutefois un niveau de contrôle sans précédent, comme l’explique Robert Stickgold, neuroscientifique de l’Université de Harvard et co-auteur de l’étude qui se penche sur les rêves depuis presque quarante ans. D’après lui, le « gant à rêves » va permettre d’explorer « la conscience et les rêves comme il n’a encore jamais été possible de le faire ». Les applications de ce « gant à rêves » peuvent aller au-delà de la stimulation de la créativité. Les chercheurs travaillent ainsi avec des personnes souffrant de troubles du stress post-traumatique (TSPT) dans le but de les aider à contrôler leurs cauchemars.

Si l’expérience du MIT lève un peu le voile sur le lien entre rêve et créativité, les songes recèlent encore de nombreux mystères.

Source(s):

Illutration(s) : Image par Pheladi Shai de Pixabay

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