Les insomniaques dorment mieux qu’ils ne le pensent : ce que révèle une étude des HUG

Une étude récente des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), en collaboration avec les universités de Genève et de Berne, vient bousculer nos idées reçues sur l’insomnie. Publiée dans Scientific Reports, elle met en lumière un phénomène fascinant : de nombreuses personnes insomniaques sous-estiment en réalité la quantité et la qualité de leur sommeil. Une découverte qui ouvre de nouvelles perspectives sur la prise en charge des troubles du sommeil, notamment par la thérapie cognitivo-comportementale (TCC-I).

Une étude rigoureuse au cœur du sommeil

L’étude a été menée auprès de 60 participants — la moitié souffrant d’insomnie chronique, l’autre considérée comme de « bons dormeurs ». Tous ont passé une nuit sous surveillance en laboratoire. Pendant leur phase de sommeil profond (sommeil lent), ils ont été réveillés jusqu’à douze fois grâce à un bracelet vibrant. Chaque fois, il leur était demandé s’ils pensaient être endormis ou éveillés.

Insomniaque ? Pas si sûr ! Photo © SHVETS production

Résultat ? Les insomniaques ont répondu à 51 % qu’ils étaient éveillés… alors que les mesures objectives prouvaient qu’ils étaient bel et bien en train de dormir. Fait remarquable, les bons dormeurs ont donné exactement la même réponse dans 49 % des cas. Autrement dit :

Nous avons tous tendance à sous-estimer notre sommeil — mais les insomniaques, eux, en tirent des conséquences émotionnelles plus lourdes.

L’insomnie paradoxale : un trouble de la perception

Ce phénomène est connu sous le nom d’insomnie paradoxale. Il s’agit d’un trouble dans lequel la personne pense ne pas avoir dormi, alors que les enregistrements cérébraux montrent qu’elle a passé une partie significative de la nuit en sommeil léger ou profond.

Les chercheurs ont analysé l’activité cérébrale des participants au moment des réveils. Aucune différence significative n’a été relevée entre les deux groupes. Ce qui change, c’est la perception du sommeil, et non sa physiologie. L’étude suggère ainsi que l’insomnie, dans certains cas, ne provient pas d’un trouble du sommeil lui-même, mais d’un biais cognitif lié à l’anxiété, à la vigilance excessive, ou à une attention accrue aux micro-éveils.

Pourquoi est-ce une bonne nouvelle ?

Parce que si l’insomnie n’est pas un problème mécanique du cerveau, cela signifie qu’elle n’est pas irréversible. Loin de nécessiter des somnifères à vie, l’insomnie paradoxale peut être prise en charge par un accompagnement psychologique ciblé — en particulier la TCC-I (thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie). Celle-ci permet d’identifier les pensées anxieuses ou catastrophistes liées au sommeil (« je ne dors jamais », « je vais être épuisé demain », « mon cerveau ne sait plus dormir ») et de les remplacer par des croyances plus réalistes.

La TCC-I agit aussi sur les comportements associés : arrêt des écrans le soir, régularité des horaires, dissociation du lit et de l’éveil, etc. Ce travail en profondeur améliore la confiance dans sa propre capacité à dormir, ce qui est précisément ce que l’étude des HUG pointe comme étant la clef.

Les pistes concrètes à retenir

  • Vous vous sentez insomniaque ? Vous l’êtes peut-être moins que vous ne le croyez.
  • Vous vous réveillez fatigué ? Il se peut que vous ayez mal interprété votre sommeil, pas qu’il soit inexistant.
  • Vous voulez éviter les médicaments ? La TCC-I est une méthode efficace, validée scientifiquement et durable.

Un message d’espoir

En démontrant que les insomniaques ont une architecture de sommeil relativement normale, l’étude des HUG redonne espoir à ceux qui vivent la nuit comme un combat. Non, votre cerveau n’est pas cassé. Oui, vous pouvez réapprendre à dormir. Parfois, la seule chose à réparer, c’est la relation que l’on entretient avec son propre sommeil.


Sources :
HUG — https://www.hug.ch/actualite/troubles-linsomnie-penser-que-lon-est-eveille-alors-que-lon-dort-est-courant-normal
UNIGE — https://www.unige.ch/medias/2025/penser-que-l-est-eveille-alors-que-l-est-dort-est-courant-et-normal
Scientific Reportshttps://www.nature.com/articles/s41598-024-58627-x

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