Le 26 juin 2025, le ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a officiellement nommé Pikachu et Ronflex (Kabigon au Japon) comme ambassadeurs du sommeil. Cette nomination s’inscrit dans le cadre du projet national « Smart Life Project », visant à améliorer les habitudes de vie des citoyens japonais, et plus particulièrement leur rapport au sommeil. Une initiative surprenante, mais qui mêle ingénieusement santé publique et culture populaire.
Pourquoi Pikachu et Ronflex ?
Ce choix n’est pas anodin. Pikachu est sans conteste le personnage le plus emblématique de la franchise Pokémon. Quant à Ronflex, il est littéralement connu pour… dormir, bien sûr ! Il incarne le sommeil dans l’univers Pokémon depuis 1996. Utiliser ces deux figures pour promouvoir une meilleure hygiène de sommeil est donc à la fois stratégique et symbolique.

Au Japon, le manque de sommeil est un véritable enjeu de santé publique. Selon les statistiques du ministère, près de 40 % des adultes japonais dorment moins de 6 heures par nuit. Cette situation place le Japon parmi les pays membres de l’OCDE avec la durée de sommeil moyenne la plus faible. Le stress, les longues heures de travail, et une culture où l’endormissement est parfois perçu comme une faiblesse contribuent à cette crise silencieuse.
Une nomination insolite, mais réfléchie
Lors d’une cérémonie organisée au ministère à Kasumigaseki, Tokyo, Pikachu et Ronflex — affublés pour l’occasion de bonnets de nuit — ont été officiellement nommés ambassadeurs du sommeil en présence du ministre de la Santé, Shigekazu Fukuoka, et du directeur de la santé publique, Terumasa Matsuoka.
La scène était aussi surréaliste que médiatisée : Ronflex, mascotte géante, somnolant tranquillement à côté d’un ministre en costume trois pièces, pendant que Pikachu saluait la presse. Mais derrière le folklore, une mission sérieuse : changer l’attitude des Japonais vis-à-vis du sommeil, en particulier celle des jeunes générations.
Un partenariat avec l’application Pokémon Sleep
Cette nomination s’appuie également sur un partenariat entre le gouvernement et Pokemon Sleep, une application mobile lancée en 2023. Le principe de l’appli est simple : mesurer et analyser le sommeil du joueur, et lui permettre de « capturer » différents Pokémon en fonction de la qualité et du type de sommeil enregistré.
Cette gamification du sommeil a rencontré un certain succès au Japon. En transformant une habitude souvent négligée en activité amusante, Pokémon Sleep a permis de sensibiliser un public jeune (et moins jeune) à l’importance d’un repos de qualité. Le COO de The Pokemon Company, Takato Utsunomiya, affirme que le but est de « rendre le sommeil amusant et gratifiant, au lieu de le percevoir comme une contrainte ou une perte de temps ».
Des initiatives concrètes dès l’été 2025
Dans les semaines suivant la nomination, plusieurs actions ont été annoncées :
- Distribution d’affiches éducatives : lors de la Journée des enfants à Kasumigaseki, le ministère distribuera des affiches mettant en scène Pikachu et Ronflex avec des messages simples pour améliorer les habitudes de sommeil des enfants.
- Ateliers pédagogiques sur le sommeil : des événements seront organisés à partir du 6 août, où les enfants pourront apprendre pourquoi le sommeil est vital, tout en s’amusant grâce à des jeux Pokemon.
- Diffusion de données sur le sommeil : les données collectées via l’application Pokémon Sleep seront utilisées (de façon anonyme) pour mieux comprendre les tendances de sommeil selon les saisons, la température, ou les habitudes sociales, et ainsi ajuster les politiques de santé publique.
Le sommeil : un enjeu critique au Japon
Le contexte qui motive cette campagne est préoccupant. Selon une enquête nationale :
- 37,5 % des hommes et 40,6 % des femmes dorment moins de 6 heures par nuit ;
- 1 adulte sur 5 estime ne pas bénéficier d’un sommeil réparateur ;
- le ministère souhaite, d’ici 2032, faire passer le taux de Japonais déclarant « bien se reposer pendant leur sommeil » à 80 %, et ceux ayant une durée de sommeil suffisante à 60 %.
Il devient donc essentiel d’aborder le sujet du sommeil autrement, de manière plus engageante et accessible. Et c’est là que la pop culture joue un rôle précieux.
Un modèle d’éducation ludique
Cette initiative marque une évolution majeure dans la manière dont les pouvoirs publics abordent la santé. Plutôt que des campagnes rigides et culpabilisantes, l’État mise ici sur des personnages adorés, des applications ludiques et des supports pédagogiques immersifs. C’est un changement de paradigme : la santé ne se transmet plus uniquement par injonction, mais par envie, jeu et complicité.
Les autorités espèrent aussi que cette approche deviendra virale sur les réseaux sociaux. La scène des deux mascottes en bonnet de nuit, diffusée sur YouTube et relayée sur X (anciennement Twitter), cumule déjà des milliers de partages.
Un pari audacieux, mais prometteur
L’union de Pikachu, Ronflex et du ministère de la Santé peut sembler farfelue de prime abord. Pourtant, elle révèle une stratégie cohérente et bien pensée : aborder les enjeux de santé publique à travers le prisme de la culture populaire, pour toucher un public plus large, plus jeune et plus engagé.
La réussite de ce projet pourrait servir de modèle dans d’autres domaines : alimentation, activité physique, santé mentale… Et pourquoi pas dans d’autres pays, qui font face à des défis similaires ?
À une époque où les campagnes de santé peinent à capter l’attention, ce projet prouve que l’émotion, l’imaginaire et l’enfance peuvent devenir des leviers puissants de transformation.
Sources :
- PR Times – Pokémon Sleep et le ministère japonais de la Santé
- TV Asahi News – Cérémonie d’investiture des ambassadeurs Pokémon
- 373news – Annonce officielle de la campagne sur le sommeil
- Advertimes – Objectifs de sommeil fixés par le gouvernement japonais
- YouTube – Vidéo officielle de la cérémonie de nomination
[…] de sommeil au sein de la population active constitue un véritable problème de santé publique.Pikachu et Ronflex nommés ambassadeurs du sommeil au Japon En cause : des semaines de travail ponctuées d’un nombre important d’heures supplémentaires, […]
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