Apnée du sommeil : une pilule prometteuse pourrait remplacer le masque CPAP

Et si les personnes souffrant d’apnée du sommeil pouvaient enfin dire adieu à leur masque encombrant ? Une simple pilule à prendre au coucher pourrait bientôt changer la donne. C’est en tout cas ce que laisse espérer une nouvelle avancée scientifique majeure, dévoilée fin mai 2025.

Un médicament oral expérimental, le AD109, vient de montrer des résultats très encourageants lors d’un essai clinique à grande échelle. Ce traitement combine deux principes actifs existants pour stimuler les muscles des voies respiratoires supérieures pendant le sommeil — et réduire drastiquement les interruptions respiratoires nocturnes, signature de l’apnée obstructive du sommeil (AOS).


Une avancée attendue depuis des années

L’apnée du sommeil touche environ 1 milliard de personnes dans le monde, dont plus de 60 millions aux États-Unis. Elle se caractérise par des arrêts répétés de la respiration pendant la nuit, provoquant des chutes du taux d’oxygène sanguin, des micro-réveils inconscients, et à terme, un risque accru d’AVC, d’hypertension, de troubles cognitifs et de crise cardiaque.

Jusqu’ici, le traitement de référence reposait sur le CPAP (Continuous Positive Airway Pressure), une machine qui envoie de l’air sous pression via un masque porté la nuit. Efficace, mais souvent mal toléré par les patients.

Avec AD109, une nouvelle option moins invasive se profile.


Comment fonctionne cette pilule contre l’apnée du sommeil ?

Le médicament repose sur une combinaison innovante de deux molécules déjà connues :

  • Atomoxétine, un stimulant utilisé dans le traitement du TDAH, qui augmente le taux de noradrénaline, un neurotransmetteur essentiel pour maintenir le tonus musculaire des voies respiratoires durant le sommeil.
  • Aroxybutynine, un dérivé d’un médicament utilisé contre l’hyperactivité vésicale. Il inhibe certains récepteurs de l’acétylcholine, ce qui permet de désinhiber les muscles de la gorge — notamment le génioglosse, un muscle-clé de la langue responsable du maintien des voies aériennes ouvertes.

Ensemble, ces deux substances agissent en synergie pour empêcher le relâchement des muscles qui provoque l’obstruction nocturne chez les patients atteints d’apnée.


Résultats d’un essai clinique prometteur

L’étude menée en 2023–2024 par la biotech Apnimed a suivi 646 patients souffrant d’apnée du sommeil. Les participants ont été répartis en deux groupes : l’un recevant AD109 chaque soir pendant 6 mois, l’autre un placebo.

Les résultats, dévoilés en mai 2025, sont impressionnants :

  • 56 % de réduction des événements d’apnée ou d’hypopnée (réduction ou arrêt du flux respiratoire)
  • 22 % des participants ont atteint une quasi-disparition des symptômes, avec moins de 5 interruptions respiratoires par heure
  • Une nette amélioration de l’oxygénation sanguine pendant la nuit

Autrement dit : une pilule unique, prise au coucher, a permis à une partie des patients de retrouver une respiration stable pendant le sommeil — sans machine ni masque.

« Les effets sont robustes et scientifiquement solides. C’est enthousiasmant », résume la Dre Sigrid Veasey, chercheuse en neurosciences du sommeil à l’Université de Pennsylvanie.


Une efficacité large, même sans perte de poids

Un point clé : contrairement au médicament Zepbound (tirzépatide), récemment approuvé pour l’apnée liée à l’obésité, le AD109 a démontré des effets chez des patients de tous profils, avec ou sans excès de poids, et pour tous les niveaux de sévérité de l’apnée.

Autre avantage : les effets sont immédiats, sans attendre des mois de traitement comme avec certains médicaments métaboliques.

« Ce traitement ouvre la voie à une médecine du sommeil plus personnalisée. On sort de l’approche “CPAP pour tous” », résume le Dr Klar Yaggi, de l’université Yale.


Des questions restent ouvertes

Malgré cet enthousiasme, certains médecins restent prudents. Plusieurs points ne sont pas encore clairs :

  • Le médicament améliore-t-il les symptômes ressentis, comme la fatigue diurne ou les troubles de concentration ?
  • Quels sont les effets à long terme ? Un essai de 6 mois ne permet pas d’évaluer les impacts sur les risques cardiovasculaires sur 10 ans.
  • Y a-t-il des effets secondaires ? L’atomoxétine étant un stimulant, des risques comme une hausse de la pression artérielle, une altération du sommeil profond ou une inflammation légère (via la CRP) sont à surveiller.

Un second essai, sur 12 mois cette fois, est en cours et devrait livrer ses résultats d’ici la fin 2025. Une demande d’autorisation de mise sur le marché (FDA) est prévue pour début 2026.


Ce que ça change (peut-être) pour les patients

Même si le AD109 ne convient pas à tous, ce traitement pourrait représenter une alternative crédible au CPAP pour une large partie des patients, ou même venir le compléter dans une approche mixte.

Cela signifie aussi, à terme, de nouvelles options pour les personnes qui ne supportent pas les masques, ou qui cherchent un traitement plus discret et simple à suivre.

L’ère de la médecine du sommeil personnalisée semble enfin à portée de main.

Source : Science – Sleep apnea pill shows striking success in large clinical trial
Photo © Google DeepMind

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