Apnée du sommeil : comprendre, dépister et traiter un trouble trop souvent ignoré

Article mis à jour le 10/03/2026

L’apnée du sommeil est un trouble respiratoire chronique, fréquent mais encore largement sous-diagnostiqué. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas simplement de ronflements ou de nuits agitées : il s’agit d’un véritable problème de santé publique, susceptible d’avoir des répercussions importantes sur le cœur, le cerveau et la qualité de vie au quotidien.

Comme beaucoup de troubles du sommeil, l’apnée peut rester longtemps ignorée, alors même qu’elle affecte profondément le fonctionnement de l’organisme. En France, entre 2,5 et 6,4 millions d’adultes seraient concernés, mais près de 80 % des cas resteraient sans diagnostic.

Comprendre ce trouble permet d’en reconnaître les signes, d’en mesurer les conséquences et d’accéder plus rapidement à une prise en charge adaptée.

Qu’est-ce que l’apnée du sommeil ?

L’apnée du sommeil, appelée médicalement syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), correspond à des interruptions involontaires de la respiration pendant la nuit. Ces pauses respiratoires durent au minimum dix secondes et peuvent se produire plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de fois par nuit.

Lorsque les voies respiratoires se ferment partiellement ou totalement, l’air circule moins bien et l’organisme réagit en provoquant de brefs micro-réveils destinés à rétablir la respiration. Ces réveils passent généralement inaperçus, mais ils fragmentent les cycles du sommeil et empêchent l’organisme d’atteindre les phases profondes indispensables à la récupération.

Avec le temps, cette fragmentation du sommeil entraîne une fatigue persistante, une baisse de la vigilance et des troubles cognitifs. L’apnée du sommeil s’inscrit ainsi parmi les troubles du sommeil susceptibles d’altérer durablement la qualité de vie.

Les facteurs de risque à connaître

Plusieurs facteurs peuvent favoriser l’apparition d’une apnée du sommeil. Le surpoids constitue l’un des plus importants. L’accumulation de graisse autour du cou peut comprimer les voies respiratoires pendant la nuit et rendre la respiration plus difficile. On estime qu’environ 70 % des personnes souffrant d’apnée du sommeil présentent un excès de poids.

Certaines particularités anatomiques peuvent également jouer un rôle. Une mâchoire inférieure reculée, des amygdales volumineuses ou une langue relativement épaisse peuvent réduire l’espace disponible dans les voies respiratoires.

Le vieillissement constitue un autre facteur de risque. Avec l’âge, les tissus de la gorge perdent progressivement en tonicité, ce qui favorise leur affaissement pendant le sommeil. La consommation d’alcool ou de sédatifs peut accentuer ce phénomène en relâchant les muscles responsables du maintien des voies respiratoires ouvertes. Le tabac, de son côté, irrite les voies respiratoires et favorise l’inflammation des tissus.

Les symptômes qui doivent alerter

Les manifestations de l’apnée du sommeil ne sont pas toujours évidentes pour la personne qui en souffre. Dans de nombreux cas, ce sont les proches qui remarquent les premiers signes, notamment les ronflements bruyants et irréguliers ou les pauses respiratoires pendant la nuit.

Les ronflement symptôme d'apnée du sommeil
Usant, les ronflements ? Ils font aussi partie des symptômes courants de l’apnée du sommeil – Photo © Kampus Production

Les ronflements constituent d’ailleurs l’un des signes les plus caractéristiques de ce trouble. Lorsqu’ils s’accompagnent de pauses respiratoires ou d’une fatigue persistante, ils peuvent révéler un trouble respiratoire nocturne.

Les personnes concernées décrivent souvent une fatigue importante au réveil, même après une nuit qui semble avoir été suffisamment longue. Des réveils nocturnes accompagnés d’une sensation d’étouffement peuvent également survenir.

L’apnée du sommeil peut aussi provoquer une somnolence diurne, c’est-à-dire une tendance excessive à s’endormir durant la journée. Cette fatigue chronique peut s’accompagner de troubles de la mémoire, de difficultés de concentration, d’irritabilité ou de changements d’humeur.

Lorsque ces symptômes persistent dans le temps, il est important de consulter un professionnel de santé afin d’en identifier la cause.

Les risques pour la santé

Lorsqu’elle n’est pas prise en charge, l’apnée du sommeil peut entraîner des conséquences importantes pour la santé. Les pauses respiratoires répétées provoquent une diminution de l’oxygénation du sang et obligent l’organisme à multiplier les micro-réveils afin de rétablir la respiration. Ce phénomène exerce une pression considérable sur le système cardiovasculaire.

Les personnes atteintes présentent ainsi un risque accru d’hypertension artérielle, d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral. L’apnée du sommeil peut également perturber la régulation de la glycémie et favoriser l’apparition d’un diabète de type 2.

Les effets ne se limitent pas au système cardiovasculaire. La fatigue chronique et la fragmentation du sommeil peuvent entraîner des troubles cognitifs, une diminution de l’attention et un ralentissement des capacités intellectuelles. La somnolence diurne excessive augmente par ailleurs le risque d’accidents de la route ou d’accidents du travail.

Comment poser le diagnostic ?

Le diagnostic de l’apnée du sommeil commence généralement par une consultation chez un médecin généraliste ou un spécialiste du sommeil. Le praticien évalue les symptômes et peut utiliser certains questionnaires de dépistage, comme le test STOP-BANG ou l’échelle de somnolence d’Epworth.

Lorsque le risque d’apnée est suspecté, un examen du sommeil peut être prescrit. La polygraphie ventilatoire constitue souvent la première étape. Cet examen, généralement réalisé à domicile, permet de mesurer la respiration, les flux d’air et la saturation en oxygène pendant la nuit.

Dans certains cas, une polysomnographie peut être réalisée dans un laboratoire du sommeil. Cet examen plus complet analyse également l’activité cérébrale et les différentes phases du sommeil. Les résultats permettent de calculer l’indice d’apnées-hypopnées, qui détermine la sévérité du trouble.

Les options de traitement

La prise en charge de l’apnée du sommeil dépend de la gravité du trouble et du profil du patient. Le traitement le plus courant pour les formes modérées à sévères repose sur la pression positive continue, également appelée PPC ou CPAP. Ce dispositif consiste à porter un masque relié à une machine qui envoie un flux d’air constant pendant la nuit afin de maintenir les voies respiratoires ouvertes.

Pour certaines formes plus légères, une orthèse d’avancée mandibulaire peut être proposée. Cette gouttière dentaire réalisée sur mesure avance légèrement la mâchoire inférieure afin d’élargir le passage de l’air dans la gorge.

Dans certaines situations, une intervention chirurgicale peut être envisagée pour corriger une anomalie anatomique responsable de l’obstruction des voies respiratoires.

Parallèlement à ces traitements, l’amélioration de l’hygiène du sommeil peut également réduire certains symptômes. Une perte de poids, la réduction de la consommation d’alcool, l’arrêt du tabac ou encore l’adoption d’horaires de sommeil réguliers peuvent contribuer à améliorer la qualité du repos.

Des profils à ne pas oublier

Contrairement à une idée répandue, l’apnée du sommeil ne touche pas uniquement les hommes en surpoids d’âge mûr. Les femmes peuvent également être concernées, en particulier après la ménopause. Chez elles, les symptômes peuvent être plus discrets et se manifester par de l’insomnie, de l’anxiété ou une fatigue persistante.

Les enfants peuvent aussi développer une apnée du sommeil, notamment lorsque les amygdales sont volumineuses. Dans ce cas, le trouble peut se traduire par des difficultés scolaires, des troubles de l’attention ou une agitation inhabituelle.

Chez les personnes âgées, les symptômes sont parfois moins évidents, mais les conséquences sur la cognition ou le risque de chute peuvent être importantes. Les personnes souffrant de troubles psychiatriques peuvent également voir leurs symptômes aggravés par la présence d’une apnée du sommeil.

Conseils pratiques pour mieux dormir

Certaines habitudes simples peuvent contribuer à améliorer la qualité du sommeil et à limiter les symptômes de l’apnée. Un environnement de sommeil calme, sombre et légèrement frais favorise un repos plus réparateur. Il est également conseillé de privilégier un dîner léger et d’éviter l’alcool en soirée.

Dormir sur le côté peut réduire la fréquence des apnées obstructives.
Photo © Niels from Slaapwijsheid.nl

Dormir sur le côté peut également aider à réduire la fréquence des apnées obstructives. En position dorsale, la langue et les tissus de la gorge ont tendance à se relâcher davantage vers l’arrière, ce qui peut obstruer les voies respiratoires et favoriser les pauses respiratoires. La position latérale permet souvent de maintenir les voies aériennes plus ouvertes.

Les techniques de relaxation, comme la méditation ou la cohérence cardiaque, peuvent également aider à réduire les tensions et à préparer l’organisme au sommeil.

À retenir

  • L’apnée du sommeil se caractérise par des pauses respiratoires répétées pendant la nuit.
  • Elle touche plusieurs millions de personnes et reste souvent sous-diagnostiquée.
  • Les principaux symptômes sont les ronflements, la fatigue et la somnolence diurne.
  • Des traitements efficaces existent : PPC, orthèse mandibulaire et amélioration de l’hygiène de vie.

En résumé

L’apnée du sommeil est un trouble fréquent mais encore largement méconnu. Ses conséquences peuvent être importantes, tant sur la santé physique que sur la qualité de vie.

Heureusement, les méthodes de dépistage se sont améliorées et plusieurs traitements efficaces existent aujourd’hui. Reconnaître les symptômes, consulter un professionnel de santé et adopter certaines habitudes favorables au sommeil permettent dans de nombreux cas de retrouver un repos réparateur.

Un sommeil de qualité constitue l’un des piliers essentiels de l’équilibre physique et mental. Prendre soin de son sommeil, c’est aussi prendre soin de sa santé.

Sources

Inserm — Apnée du sommeil
https://www.inserm.fr/dossier/apnee-du-sommeil/

Assurance Maladie — Apnée du sommeil
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/apnee-du-sommeil

Institut National du Sommeil et de la Vigilance
https://institut-sommeil-vigilance.org/apnees-du-sommeil/

Mayo Clinic — Sleep apnea
https://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/sleep-apnea/symptoms-causes/syc-20377631

National Heart, Lung and Blood Institute
https://www.nhlbi.nih.gov/health/sleep-apnea


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