Apnée du sommeil : comprendre, dépister et traiter un trouble trop souvent ignoré

L’apnée du sommeil est un trouble respiratoire chronique, fréquent mais encore trop souvent méconnu. Contrairement à ce que l’on pense, il ne s’agit pas uniquement de ronflements ou de nuits agitées : c’est un véritable problème de santé publique, aux répercussions parfois graves sur le cœur, le cerveau, et la vie quotidienne. En France, entre 2,5 et 6,4 millions d’adultes seraient concernés, et pourtant, près de 80 % des cas restent sans diagnostic. Ce guide vous accompagne pour mieux comprendre cette pathologie, repérer ses signes précurseurs, et découvrir les solutions qui existent aujourd’hui.


Qu’est-ce que l’apnée du sommeil ?

Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) se caractérise par des arrêts involontaires de la respiration pendant le sommeil. Chaque pause dure au moins dix secondes et peut se produire des dizaines, voire des centaines de fois par nuit. Ces interruptions respiratoires entraînent de petits réveils inconscients qui fragmentent les cycles de sommeil profond. Comme tous les troubles du sommeil, le SAHOS a des conséquences au quotidien : somnolence intense durant la journée, fatigue chronique, baisse de vigilance et troubles cognitifs.


Les facteurs de risque à connaître

Plusieurs facteurs augmentent la probabilité de développer une apnée du sommeil :

  • Le surpoids : Un excès de graisse, surtout au niveau du cou, peut comprimer les voies respiratoires pendant le sommeil. Environ 70 % des personnes souffrant de SAHOS sont en surpoids.
  • Des anomalies anatomiques : Une mâchoire inférieure trop reculée, des amygdales volumineuses ou une langue trop épaisse peuvent réduire le passage de l’air.
  • Le vieillissement : Avec l’âge, les tissus de la gorge perdent en tonus, favorisant les épisodes d’apnée.
  • La consommation d’alcool, de sédatifs ou de tabac : L’alcool et les sédatifs détendent les muscles de la gorge, tandis que le tabac irrite les voies respiratoires, ce qui complique davantage la respiration nocturne.

Les symptômes qui doivent alerter

L’apnée du sommeil ne provoque pas toujours des signes évidents, mais certains symptômes sont récurrents :

  • Des ronflements intenses, réguliers et bruyants
  • Une fatigue marquée au réveil, même après une nuit complète
  • Des réveils nocturnes avec sensation d’étouffement ou de suffocation
  • Des maux de tête au lever
  • Une humeur instable : nervosité, irritabilité, voire dépression
  • Des troubles de la mémoire ou de la concentration
Les ronflement symptôme d'apnée du sommeil
Usant, les ronflements ? Ils font aussi partie des symptômes courants de l’apnée du sommeil – Photo © Kampus Production

Si ces signes s’installent dans la durée, il est essentiel de consulter. Ce n’est pas une simple fatigue passagère, mais possiblement le reflet d’un trouble profond et sous-estimé.


Les risques pour la santé

Sans prise en charge, l’apnée du sommeil peut entraîner des conséquences graves sur la santé :

  • Hypertension artérielle : Elle touche jusqu’à 40 % des patients apnéiques.
  • Troubles cardiovasculaires : Le risque d’infarctus, d’AVC ou de fibrillation auriculaire est significativement augmenté.
  • Diabète de type 2 : La privation de sommeil perturbe la régulation de la glycémie et accroît la résistance à l’insuline.
  • Altérations cognitives : Déficits de mémoire, d’attention, ralentissement intellectuel.
  • Accidents de la route ou du travail : En raison de la somnolence excessive, le risque est multiplié par trois.

Comment poser le diagnostic ?

Le diagnostic d’une apnée du sommeil repose sur plusieurs étapes clés :

  1. Une première consultation avec votre médecin généraliste ou un spécialiste du sommeil. Des questionnaires comme STOP-BANG ou l’échelle de somnolence d’Epworth aident à dépister les profils à risque.
  2. La polygraphie ventilatoire : Cet examen ambulatoire, réalisé à domicile, mesure la respiration, les flux d’air, les mouvements thoraciques et la saturation en oxygène.
  3. La polysomnographie : Réalisée en laboratoire, c’est l’examen le plus complet. Il analyse l’activité cérébrale, les phases de sommeil et le nombre d’apnées par heure.

On définit la gravité à l’aide de l’indice d’apnées-hypopnées (IAH).


Les options de traitement

A. La Pression Positive Continue (PPC)

Ce dispositif, aussi appelé CPAP, envoie un flux d’air constant via un masque nasal ou facial. Il maintient les voies respiratoires ouvertes pendant le sommeil. S’il demande une période d’adaptation, il est très efficace sur les formes modérées à sévères.

B. L’orthèse d’avancée mandibulaire

Cette gouttière dentaire sur mesure avance légèrement la mâchoire inférieure, libérant ainsi les voies respiratoires. Elle est indiquée pour les apnées légères à modérées ou en cas d’intolérance à la PPC.

C. La chirurgie

Certains patients peuvent bénéficier d’interventions chirurgicales pour corriger les anomalies anatomiques responsables : uvulopalatoplastie, septoplastie, ou encore avancement maxillo-facial.

D. L’hygiène de vie

Des ajustements simples mais efficaces peuvent réduire les apnées :

  • Une perte de poids, même modeste
  • Dormir sur le côté plutôt que sur le dos
  • Réduire la consommation d’alcool et arrêter de fumer
  • Se coucher et se lever à heures régulières

E. Les nouvelles pistes

  • Stimulation du nerf hypoglosse : Un implant médical permet de tonifier les muscles de la langue durant la nuit.
  • Médicaments : Des traitements oraux sont en cours de développement et montrent des résultats encourageants.
  • Technologies connectées : Applications mobiles, capteurs SPO2 ou anneaux de suivi offrent un monitoring pratique et en temps réel.

Des profils à ne pas oublier

Contrairement aux idées reçues, l’apnée ne touche pas uniquement les hommes en surpoids d’âge mûr.

  • Les femmes, notamment à la ménopause, peuvent présenter des symptômes atypiques comme l’insomnie ou l’anxiété.
  • Les enfants peuvent être concernés, surtout en cas d’amygdales volumineuses ou d’obésité. Les signes incluent des troubles de l’attention et des difficultés scolaires.
  • Les personnes âgées présentent souvent une symptomatologie moins marquée, mais l’impact sur la cognition ou le risque de chute est réel.
  • Les patients souffrant de troubles psychiatriques voient souvent leurs symptômes accentués par l’apnée, qui déstabilise leur état mental.

Conseils pratiques pour mieux dormir

Quelques gestes simples peuvent améliorer la qualité du sommeil et réduire les symptômes :

  • Aménagez une chambre calme, sombre et à une température de 18-20°C
  • Choisissez un oreiller adapté à votre position de sommeil
  • Privilégiez un repas léger et évitez l’alcool le soir
  • Pratiquez la méditation, la cohérence cardiaque ou des exercices de respiration avant le coucher
  • Utilisez des applications ou objets connectés pour suivre votre sommeil et identifier les améliorations possibles
Dormir sur le côté peut réduire la fréquence des apnées obstructives.
Dormir sur le côté peut réduire la fréquence des apnées obstructives. Photo © Niels from Slaapwijsheid.nl

En résumé

L’apnée du sommeil est un trouble sérieux, mais pour lequel il existe de nombreuses solutions. En identifiant les symptômes, en consultant un professionnel et en adaptant son mode de vie, il est tout à fait possible de retrouver un sommeil réparateur. Ne laissez pas la fatigue s’installer durablement : agissez dès aujourd’hui.

Un sommeil de qualité est essentiel à votre équilibre. Faites-en une priorité.

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